| Description : |
L'Espagne et son secteur financier n'ont pas fini de susciter l'inquiétude en zone euro. Selon des données publiées par le Financial Times, mercredi 16 juin, les banques espagnoles, en mal de liquidités, ont emprunté 85,6 milliards d'euros auprès de la Banque centrale européenne (BCE) pour le seul mois de mai. Un montant record dans l'histoire de la zone euro, qui représente 16,5 % de l'ensemble des prêts délivrés en mai par l'institut d'émission européen.
Ces chiffres devraient raviver la suspicion sur la solidité du système financier espagnol, alors que Madrid a déjà dû se porter au secours de deux caisses d'épargne régionales. Les efforts du gouvernement et de la Banque d'Espagne pour boucler au plus vite la consolidation de ces établissements ne suffisent pas à rassurer sur la santé d'un secteur tout entier exposé au risque immobilier. Lundi, le secrétaire d'Etat au Trésor, Carlos Ocana, a reconnu que les banques de son pays éprouvaient des difficultés à se refinancer sur le marché interbancaire.
La Commission européenne a démenti mercredi une information du journal espagnol El Economista selon lequel l'Union européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et le Trésor américain préparent un programme destiné à fournir des liquidités, à travers notamment une ligne de crédit de 250 milliards d'euros, à l'Espagne.
Dans ce contexte, les observateurs ont scruté avec attention l'émission de dette espagnole qui s'est tenue mardi. Les investisseurs n'ont pas boudé l'adjudication : le Trésor a levé sans mal 5,2 milliards d'euros sur des titres à douze et quinze mois. Mais il a dû payer le prix fort, proposant notamment un rendement de 2,3 % sur les bons à un an, contre 1,59 % lors d'une même opération menée un mois plus tôt.
LOIN D'ÊTRE TERMINÉ
Les difficultés de l'Espagne ne sont pas seules à alimenter le stress. La Grèce s'est aussi rappelée au bon souvenir des investisseurs avec la décision de l'agence Moody's, lundi soir, de dégrader de quatre crans la note de la dette grecque jusqu'à la classer dans la catégorie des obligations "pourries" ("junk bonds"). Standard&Poor's était déjà passée par là fin avril. En l'imitant, Moody's prouve que les problèmes de la zone euro en général et de la Grèce en particulier sont loin d'être terminés.
Dans la foulée, les obligations de tous les pays fragilisés au sein de la zone ont recommencé à se tendre. Mercredi matin, le taux d'intérêt des emprunts d'Etat grecs à dix ans atteignait 9,17 %, contre 2,67 % pour l'Allemagne, référence des marchés. Attendue au tournant par les investisseurs, la BCE risque de ne pas pouvoir arrêter de sitôt son programme contesté de rachat de dette publique.
Cette nouvelle vague d'inquiétude a curieusement épargné la monnaie unique : mardi, l'euro est repassé au-dessus du seuil de 1,23 dollar.
Marie de Vergès
Source: Le Monde |