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Comment le Sud devient important pour le Sud
Description :
Par la Pr. Nezha LAHRICHI

Il y a des inquiétudes à avoir pour la croissance dans la 2e partie de l’année 2010 et pour 2011(voir encadré ci-contre), il faudrait évaluer l’impact direct des mesures d’austérité prises par les gouvernements de plusieurs pays européens et l’impact indirect, celui de la confiance qui conditionne le succès de toute politique économique.
La crise de la dette a révélé les faiblesses de la gouvernance économique de l’Union européenne et on espère plus de solidarité, des règles de surveillance et de contrôle renforcées, des aides conditionnelles et un système de sanction plus crédible.
En attendant, les mesures d’austérité supplémentaires mises en œuvre par les pays ayant de graves difficultés budgétaires (Grèce, Espagne, Portugal) pourraient compromettre la croissance de l’ensemble de la zone euro alors que la reprise n’est pas consolidée.
Par ailleurs, avec les turbulences financières, le système bancaire en zone euro, se retrouve à nouveau fragilisé, ce qui risque d’entraver l’activité de crédit et augmenter les risques d’impayés alors que le crédit est le catalyseur de la croissance.


Lames de fond dans le Sud


Par ailleurs, il existe une tendance lourde de l’économie mondiale. Il s’agit du déplacement ou du basculement de la richesse avec une nouvelle répartition des flux au sein de l’économie mondiale et avec un renforcement des relations Sud/Sud. Même si le processus est à l’œuvre depuis 10-15 ans voire 20 ans, on commence à peine à comprendre les opportunités et les risques de ce changement structurel d’une importance historique.
En 2009, la Chine est devenue le premier partenaire commercial du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du Sud. En 2008, les pays en développement détenaient 4.200 milliards de dollars de réserves de change, soit une fois et demi, les montants détenus par les pays riches.
Ce changement soulève plusieurs questions mais l’accent mérite d’être mis sur deux d’entre elle:
- D’abord, il faut comprendre le processus de convergence et ses effets macro-économiques et la manière dont il renforce les interactions Sud/Sud.
- Ensuite, il faut trouver comment on peut capitaliser sur l’intensification des liens entre économies en développement?
Je voudrais ici remplacer l’expression «pays émergeants» par «pays convergents », pour souligner les communautés de phénomènes.
Il y a d’abord eu un choc du côté de la main d’œuvre. L’ouverture de grandes économies autrefois fermées (Chine, Inde et ex-Union Soviétique) a mis ses un 1,5 milliard de nouveaux travailleurs dans l’économie libérale, ce qui a réduit le coût de divers biens et services.
L a croissance dans les pays convergents a stimulé la demande de matières premières. Il en est résulté un transfert de richesse vers les exportateurs de ces matières premières dynamisant rapidement la croissance en Afrique et bien entendu au Moyen Orient et sur le continent américain.
Rappelons que l’Afrique avait stagné pendant des décennies avant de passer à une vitesse supérieure au début des années 2000.
Plusieurs pays convergents sont passés du statut de débiteurs nets à celui de créanciers nets ce qui a maintenu les taux d’intérêts aux Etats-Unis et dans le monde à un niveau inférieur à celui qu’ils auraient pu atteindre, sans l’épargne des pays convergents. Ces facteurs, et d’autres, sous tendent le rattrapage du niveau de vie des pays riches.


Priorité aux bonnes politiques


Un deuxième phénomène apparaît: le Sud devient important pour le Sud. Entre 1990 et 2008, les échanges mondiaux ont été multipliés par quatre alors que les échanges Sud/Sud ont été multipliés par dix. Les PVD représentent actuellement environ 37% des échanges mondiaux dont la moitié est constituée de flux Sud/Sud.
Au cours de la prochaine décennie, les échanges Sud-Sud pourraient former l’un des principaux moteurs de la croissance si, et seulement si, les bonnes politiques publiques sont mises en œuvre. Si les pays du Sud ramenaient les droits de douane qu’ils appliquent à leurs échanges avec les autres pays du Sud au niveau de ceux appliqués entre pays du Nord, ils dégageraient des gains substantiels.
Autant de facteurs en mesure de favoriser et de soutenir la diversification des débouchés du Maroc et de saisir les opportunités du nouvel ordre économique mondial et du nouveau modèle économique du monde en développement.o

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Le contexte de base


En zone euro , la croissance sera soutenue par la demande externe, c’est-à-dire, que c’est le commerce extérieur qui vient à la rescousse d’une croissance plutôt molle (0,9% en 2010 et 1,2% en 2011), grâce au rebond de l’économie mondiale (4,2% en 2010 et 4% en 2011) dû au dynamisme de l’Asie et la reprise aux Etats-Unis (NDLR le 17 juillet, le FMI a annoncé que la croissance serait sans doute supérieure à 4,2%).
Les exportations de la zone euro vont en profiter. De plus, la dépréciation en cours et anticipée de l’euro devrait renforcer la compétitivité des exportateurs européens. Etant donnée les délais de transmission, les effets favorables de la baisse de l’euro se feraient surtout sentir fin 2011, début 2012.
En revanche, la demande domestique restera en berne à cause du chômage pour les ménages et de l’incertitude ambiante qui plaide pour un report des décisions d’investissements pour les entreprises vers début 2011.
Or, compte tenu d’une demande domestique modeste, les importations resteront limitées.
On craint un recul de la demande adressée au reste du monde et donc au Maroc. Ce scénario a été dominant avant la crise de la dette souveraine qui a provoqué un choc de confiance sur les marchés financiers à cause des déséquilibres des finances publiques de certains pays de la zone euro.

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Débats animés

Le présent article est tiré de l’exposé prononcé par la professeure Nehza Lahrichi, lors de l’Assemblée générale ordinaire du Conseil national du Commerce extérieur, le 13 juillet 2010 (Cf ; www.leconomiste.com des 15 et 16 juillet 2010).
Lahrichi est PDG de la SMAEX, la Coface marocaine, et à ce titre membre de droit du CNCE, présidé par Nourreddine Omary, ancien PDG de la Banque populaire.
Les modes d’actions de la SMAEX ont été considérablement élargis depuis un an pour faire face aux conséquences de la crise mondiale sur la demande adressée au Maroc.
Les débats du Conseil ont été très vifs, comme ceux qui animent tous les commentaires actuels sur la conjoncture et ses possibles évolutions dans les six à dix huit mois à venir.

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Comment le Maroc peut-il en profiter?

Face au déplacement de la richesse vers le Sud, que peut faire le Maroc?
1- Répondre à la demande croissante d’exportations agricoles, ce qui suppose, particulièrement, d’améliorer la productivité agricole par un soutien accru à la Recherche et Développement. Le secteur agro-alimentaire présente donc de belles perspectives de croissance.
2- promouvoir l’investissement direct étranger Sud-Sud. Il constitue un enjeu important dans la mesure où les interactions entre les pays se font à travers le commerce mais aussi, à travers, les IDE. Le ministère de l’Economie et des Finances et la SMAEX travaillent d’ailleurs sur l’extension à l’investissement de la garantie du Fonds public de Réserve qui couvre les exportateurs contre le risque politique, catastrophique et de non transfert.
3- renforcer l’apprentissage Sud-Sud afin de concevoir des politiques fondées sur les réussites des pays du Sud, la similitude des problèmes favorisant la transposition de solutions.
Pour conclure, disons que le déplacement de la richesse comporte des opportunités pour le Maroc en particulier. Citons, par exemple, l’amélioration de la gamme et de la qualité des exportations, ou bien la conception de produits adaptés à la demande des pays qui sortent de la pauvreté. Il faudra aussi mettre en œuvre des pratiques commerciales adaptées aux marchés des économies en développement.

L'Economiste
21-07-2010
 

 

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